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Lendo
Le bureau de son père empestait la défaite. Une odeur de vieux papier, de poussière stagnante et de regrets mal classés flottait entre les murs étroits. Nicolas s’y était installé comme un intrus dans sa propre existence. Sous son poids, le fauteuil en cuir poussa un gémissement de bête fatiguée. Il fixa les dossiers de vente étalés devant lui. Les chiffres rouges s'alignaient, brutaux. Des menaces d'huissiers. Tout ce chaos pour un immeuble qui semblait vouloir le dévorer.
Il versa une rasade de scotch dans un verre à dents. Le liquide ambré capta la lumière blafarde du plafonnier avant de lui brûler la gorge d'une chaleur sèche. C'était la seule sensation honnête dans cette pièce. Le cuir du fauteuil restait froid contre son dos, malgré le plaid en laine jeté sur ses épaules.
— Allez, Nico, murmura-t-il. Signe et barre-toi.
Le silence lui répondit, lourd. Puis, un grattement s'éleva derrière la cloison. Un bruit rythmique. Sec. On aurait dit un rat dont les dents auraient été remplacées par des aiguilles de métal. Nicolas posa son verre. Son cœur cogna contre ses côtes, un boxeur acculé dans les cordes. Il connaissait ce bâtiment depuis l'enfance, mais chaque craquement sonnait désormais comme une insulte. Chaque vibration portait une promesse de douleur.
Il reprit son stylo. La pointe tremblait au-dessus de la ligne pointillée. C'était son ticket de sortie, un dernier tapis sur une main perdante. S'il signait, les dettes s'évaporaient. Il redevenait un fantôme dans la ville, loin du 14 rue des Lilas. Loin des souvenirs de ce père qui sombrait dans ce qu'il croyait être de la démence.
Trois coups sourds frappèrent à la porte. Nicolas sursauta. Une goutte d'encre tacha le contrat, une petite étoile noire sur le papier jauni.
— C'est qui ? lança-t-il.
Sa voix dérailla. Un gamin surpris en train de voler des bonbons. Personne ne répondit. Juste un nouveau martèlement, plus lent, plus insistant. Il repoussa le fauteuil. Le métal des roulettes hurla sur le parquet. Il se dirigea vers l'entrée, les muscles noués par une tension électrique. Il ouvrit.
Monsieur Verdier se tenait là, accroché au chambranle comme un naufragé à une bouée. Son visage n'était plus qu'une feuille de papier froissée, livide et luisante de sueur. Une odeur sauta à la gorge de Nicolas. Un mélange de soufre et de vieille graisse industrielle. Un parfum de garage clandestin.
— Monsieur Verdier ? Ça ne va pas ?
Le vieil homme leva les yeux. Ses pupilles étaient dilatées, deux trous noirs dans un ciel d'orage.
— Nicolas, souffla-t-il. Je crois que je suis grippé.
— Vous êtes brûlant. Entrez, je vais vous asseoir.
Verdier secoua la tête violemment. Ses mouvements étaient saccadés, trop brusques pour un homme de son âge. On aurait dit une marionnette dont les fils s'emmêlent.
— Non. Pas dedans. Ça résonne trop.
— De quoi parlez-vous ? Vous tremblez comme une feuille.
— C'est le cycle, Nicolas. Il est... désynchronisé.
Le vieil homme tenta de faire un pas, mais son pied buta contre le seuil. Sa main glissa le long de la ferronnerie du couloir. Un bruit de déchirure lacéra le silence. Le métal ouvragé, une volute de fer forgé trop pointue, entama son derme. Nicolas vit la plaie s'ouvrir, large et profonde.
— Merde ! Monsieur Verdier, votre main !
Nicolas se précipita et saisit le poignet du vieil homme pour compresser la coupure. Ses doigts se refermèrent sur la chair. Le contact le fit frémir. C'était trop ferme. Trop rigide. Et le froid... une température de chambre froide s'échappait de la peau.
— Laisse, Nicolas, dit Verdier d'une voix monocorde. Cette fois, c'est juste l'usure.
— L'usure ? Mais vous pissez le sang !
Sauf que ce n'était pas du sang. Un liquide noir et épais sourdait de la plaie. Ça coulait lentement, avec la viscosité d'une mélasse toxique. La tache s'étendit sur les manches de Nicolas, imprégnant le tissu d'une odeur de pétrole lourd. Il recula d'un pas, les mains levées.
— C'est quoi ce bordel ? hurla-t-il.
— Ne sois pas si surpris, murmura Verdier. On fait tous partie du plan de ton père.
Le vieil homme leva sa main blessée vers la lumière. La peau s'était écartée davantage, tel un gant de cuir trop vieux qui craque. Sous le derme, il n'y avait ni muscles, ni os. Juste un enchevêtrement de laiton et d'acier. Des engrenages minuscules tournaient dans un cliquetis rapide. Une horlogerie détraquée nichée dans un corps humain.
— Oh mon Dieu...
— Pas de médecin, Nicolas. Ça ne servirait à rien. Appelle l'architecte. Il me faut de l'huile de grade 4.
— L'architecte ? Verdier, vous avez des rouages sous la peau !
— On s'adapte, répondit-il. L'immeuble demande de la stabilité. On lui donne ce qu'on a.
Un bruit de succion retentit. L'huile noire tombait sur le parquet, formant des taches sombres qui semblaient s'étirer d'elles-mêmes, cherchant les interstices des lattes. Verdier fit un pas vers lui. Ses articulations émirent un grincement métallique, un son de charnière rouillée.
— Ton père savait réparer ça, poursuivit-il. Il avait les outils. La clé.
— Mon père était architecte, pas horloger ! Qu'est-ce qu'il vous a fait ?
— Il nous a sauvés de l'oubli. Il nous a intégrés.
Verdier esquissa un sourire. Ses dents semblaient trop blanches, trop régulières. Des facettes de porcelaine sur une mâchoire de fer. Il tendit son bras, et Nicolas vit les engrenages s'emballer. Le cliquetis devint un bourdonnement, un essaim de frelons mécaniques sous la peau.
— Nicolas. Aide-moi. Je perds ma cadence.
— Restez là. Je vais chercher de l'aide. J'appelle une ambulance.
— Pas d'ambulance ! hurlas Verdier.
Sa voix changea. Elle prit une résonance métallique, comme si elle passait par un haut-parleur défectueux. Il bloqua le passage, sa silhouette massive barrant la sortie. Il pesait une tonne, Nicolas le sentait. La structure de l'immeuble semblait gémir en sympathie avec ses mouvements.
— Poussez-vous, Verdier !
Nicolas tenta de le bousculer pour atteindre le salon. Le choc lui coupa le souffle. C'était comme percuter un pilier de béton. Le vieil homme ne bougea pas d'un millimètre. Ses doigts se refermèrent sur l'épaule du jeune homme. Une poigne de fer.
— Tu ne peux pas fuir ton sang, Nicolas. Tu es l'héritier.
— Je ne suis rien du tout ! Je vends cette ruine et je me casse !
Il se dégagea d'une secousse violente et courut vers le téléphone posé sur le guéridon. Ses doigts tremblaient tellement qu'il faillit faire tomber le combiné. Il composa le numéro d'urgence. Rien. Pas de tonalité. Juste une friture rythmique. Un son de respiration lourde, mécanique. *Schhh-poum. Schhh-poum.*
— Ça ne marche pas, dit Verdier depuis le couloir. Le réseau est saturé par la maintenance.
— Quelle maintenance ? C'est quoi ce délire ?
— L'immeuble se réaligne. Tu as apporté la clé. Ça réveille les vieux circuits.
Nicolas jeta le combiné contre le mur. Il rebondit avec un bruit de plastique creux. Verdier s'avançait dans la pièce. L'huile noire marquait son passage, une piste de prédateur blessé. Chaque pas faisait vibrer le sol, une onde sourde qui remontait dans les talons de Nicolas.
— Qu'est-ce que vous voulez ? demanda-t-il, la voix étranglée.
— Juste un peu d'huile. Dans la cave 4. Ton père la gardait là-bas.
— Je n'irai nulle part ! Sortez de chez moi !
— Tu as déjà commencé à changer, Nicolas. Regarde ton poignet.
Nicolas baissa les yeux. Sur son poignet gauche, à l'endroit d'une vieille cicatrice d'enfance, la peau semblait plus tendue. Plus lisse. Il appuya dessus sans réfléchir.
*Clic.*
Un minuscule bruit métallique. Sous ses doigts, il sentit quelque chose bouger. Une pièce de métal qui pivotait. La terreur le frappa comme un uppercut au menton. Ses jambes flanchèrent.
— Non. Non, c'est pas possible.
— C'est dans le sang, Nicolas. La structure nous possède tous.
Verdier s'arrêta à quelques mètres. Il pencha la tête sur le côté. Un mouvement trop ample, comme si son cou était monté sur un pivot.
— Tu devrais signer ces papiers, dit-il avec une douceur terrifiante. Ça facilitera l'intégration.
— Je vais brûler cet endroit, cracha Nicolas. Je vais tout raser.
— L'immeuble ne brûle pas. Il se régénère.
Verdier fit demi-tour. Ses mouvements étaient redevenus fluides, presque gracieux. Il se dirigea vers la porte d'entrée. L'entaille dans sa main s'était déjà refermée, laissant une fine ligne noire à la place de la cicatrice.
— On se voit bientôt, Nicolas. Pour la révision.
Il sortit. La porte se referma derrière lui avec un claquement sec. Un verrouillage définitif. Nicolas se précipita pour tourner la clé. Deux tours. Il poussa la commode en chêne devant le battant. Ses muscles brûlaient. Sa respiration n'était plus qu'un sifflement court.
Il retourna au bureau. Le verre de scotch était toujours là. Il le vida d'un trait, mais l'alcool ne calma rien. Les murs de l'appartement commencèrent à vibrer. Un cliquetis lointain s'éleva, comme si des milliers de montres s'étaient mises à battre à l'unisson dans les cloisons.
— Je me casse d'ici, murmura-t-il pour lui-même. Demain à l'aube. Peu importe le prix.
Il s'assit par terre, le dos contre la commode. Il frotta son poignet. Le petit clic résonna à nouveau. Net. Précis. Un compte à rebours caché dans sa propre chair. Le silence revint, mais c'était un silence de prédateur à l'affût. L'air sentait encore le pétrole et le soufre. Il regarda ses mains. Elles étaient tachées de ce liquide noir. Il essaya de l'essuyer sur son pantalon, mais la tache s'étalait, refusant de partir. C'était une encre indélébile.
Il se rappela le visage de son père à la fin. Ce regard vide. Cette façon qu'il avait de caresser les murs en murmurant des calculs. Nicolas avait cru à la maladie d'Alzheimer. Il pensait que le vieil homme perdait la tête. En réalité, il perdait son humanité, pièce par pièce. Remplacé par des engrenages. Consommé par son propre chef-d'œuvre.
Le grattement dans le mur reprit. Plus fort. Plus proche. Quelque chose essayait de se frayer un chemin à travers le plâtre. Nicolas serra le plaid contre lui. Le froid industriel émanant des murs semblait vouloir geler son sang.
— Tu n'auras pas ma mémoire, jeta-t-il à l'obscurité.
Les murs ne répondirent pas. Ils se contentèrent de vibrer, un ronronnement de machine satisfaite. Il n'était plus un héritier. Il était un composant. Un rouage qu'on venait de remettre en place. Il ferma les yeux, mais l'image des engrenages de Verdier restait gravée sur ses paupières. Le laiton qui brillait sous la peau. L'huile noire qui coulait comme un venin. L'immeuble ne voulait pas de son argent. Il voulait sa structure.
Dehors, le vent se leva. Un front froid fit gémir les fenêtres. Nicolas sentit chaque poil de son corps se dresser. Ce n'était pas le vent. C'était la pression qui montait, comme dans un récipient scellé prêt à exploser. Il resta là, prostré contre le meuble, jusqu'à ce que ses articulations commencent à le faire souffrir. Une douleur sourde. Rythmique.
*Clic.*
Le bruit venait de son genou, cette fois. Il se leva d'un bond, manquant de tomber. Il arracha son pantalon pour regarder. La peau était intacte. Mais quand il bougea la jambe, il entendit le frottement. Métal contre métal.
— Non. Non !
Il courut vers la salle de bain et alluma la lumière. Le miroir lui renvoya l'image d'un homme aux abois. Ses yeux étaient injectés de sang. Mais c'était la cicatrice sur son poignet qui l'obsédait. Il saisit un rasoir jetable. Il hésita une seconde, puis trancha.
Pas de sang. Une perle noire apparut à la surface de l'incision. Épaisse. Brillante. Elle sentait le garage et la fin du monde. Il laissa tomber le rasoir dans le lavabo. Le bruit métallique résonna comme un coup de feu.
— Papa... Qu'est-ce que tu as fait ?
Il regarda l'entaille. À travers la fente, il aperçut un reflet cuivré. Un minuscule pignon tournait lentement, s'ajustant à sa respiration. Il n'était pas malade. Il n'était pas fou. Il était en train de devenir le 14 rue des Lilas.
L'immeuble poussa un long soupir de satisfaction. Les canalisations glougloutèrent. Dans le couloir, des pas retentirent. Lourds. Mécaniques. Quelqu'un s'arrêta devant sa porte.
— Nicolas ? dit une voix de femme. C'est Solange. La Gardienne.
— Allez-vous-en ! hurla-t-il.
— Tu as besoin d'un réglage, Nicolas. Ton père a laissé les instructions dans la cave 4. Ne lutte pas. La friction est mauvaise pour le système.
— Je ne suis pas un système !
— Nous le sommes tous. Ouvre la porte. Il est temps de synchroniser ta montre.
Nicolas recula jusqu'au fond de la salle de bain, le dos contre le carrelage froid. Le cliquetis dans son poignet s'accéléra. Un rythme de panique. Un cœur de métal qui s'emballe.
— Je vais vous tuer ! cria-t-il, sans y croire une seconde.
— On ne tue pas un bâtiment, Nicolas. On l'entretient.
La poignée de la porte commença à tourner. Lentement. Malgré le verrou. Malgré la commode. Le bois gémit, se déformant comme s'il devenait liquide. La structure même de l'appartement était en train de se réécrire pour laisser passer la Gardienne. Nicolas regarda la petite fenêtre de la salle de bain. Trop étroite. Trop haute. Il était pris au piège dans une cage de pierre et d'engrenages. Le monde extérieur lui semblait soudain très loin. Une illusion de chair et d'os qui s'effaçait devant la réalité froide de la machine.
— Viens, Nicolas, répéta Solange. L'Architecte t'attend.
La porte commença à céder. Pas sous la force, mais par absorption. Le bois fusionnait avec le chambranle, créant une ouverture béante là où il n'y en avait pas. Nicolas saisit la clé que son père lui avait laissée. Elle brûlait dans sa poche. C'était sa seule arme. Ou sa condamnation définitive. Il la serra dans son poing, sentant les dents de métal s'enfoncer dans sa paume.
*Clic.*
Cette fois, le son vint de son crâne. Une pensée qui s'enclenchait. Une nouvelle logique qui s'installait.
— Très bien, murmura-t-il, les larmes aux yeux. On va voir ce qu'il y a dans cette cave.
La porte disparut. Solange de Vigny se tenait là, d'une élégance glaciale dans son tailleur gris. Elle lui tendit une main gantée.
— C'est bien, Nicolas. Tu apprends vite.
Il ne prit pas sa main. Il passa devant elle, marchant avec une raideur nouvelle. Ses pas résonnaient sur le parquet comme des coups de marteau. L'immeuble l'appelait. Et pour la première fois, il comprenait sa langue. C'était une langue de fer, d'huile et de silence éternel.
En descendant l'escalier, il croisa le regard de Manu, le technicien. L'homme était là, appuyé contre la rampe, une cigarette éteinte au coin des lèvres. Il le regarda passer avec une sorte de pitié cynique.
— Alors, l'héritier ? lança-t-il. Tu as enfin trouvé ta place dans la machine ?
Nicolas ne répondit pas. Il ne pouvait plus. Sa mâchoire était bloquée sur un nouvel angle. Un angle de quatre-vingt-dix degrés. Parfait. Stable.
— Fais gaffe, ajouta Manu. La cave 4, c'est là qu'ils rangent les pièces qui ne servent plus.
Nicolas continua à descendre. L'odeur de soufre devenait insupportable, mais pour lui, elle commençait à sentir la maison. Arrivé au sous-sol, il vit la porte de la cave 4. Elle n'avait pas de poignée. Juste une fente. Une fente de la taille exacte de la clé de son père.
Il leva la main. Son poignet émit un cliquetis de bienvenue. Il inséra la clé. Le bâtiment tout entier frémit. Un orgasme de métal et de pierre. La porte s'ouvrit sur une obscurité qui semblait respirer.
— Nicolas ? murmura une voix venant du fond. C'est toi ?
C'était la voix de son père. Mais elle sonnait comme un disque rayé, une boucle infinie. Il entra. La porte se referma derrière lui, effaçant le monde de la lumière. Désormais, il n'était plus un homme qui vendait un immeuble. Il était l'immeuble qui achetait un homme. Il quitta la cave en trébuchant, le cœur battant comme une pièce de monnaie dans un tambour de machine à laver. Il se réfugia dans le bureau, cherchant un ancrage dans le monde des vivants. Le cuir craquelé du fauteuil de son père l'accueillit avec un soupir de vieux chien fatigué. Nico se servit un scotch. Le liquide ambré lui brûla la gorge, une petite flamme contre le froid qui lui rongeait les os. Il ferma les yeux, savourant ce répit précaire.
Un grattement rompit le silence. Derrière la cloison, quelque chose de métallique griffait le plâtre. Un rythme métronomique. Nico serra son verre à en blanchir les articulations. La maison n'avait pas fini de digérer.
On frappa à la porte. Trois coups lourds.
Monsieur Verdier se tenait sur le palier, livide. Il s'agrippait au chambranle, ses doigts s'enfonçant dans le bois. Une odeur de soufre et de vieille graisse émanait de lui, épaisse, étouffante. Nico sentit son irritation muter en une peur glaciale.
— Entrez, Monsieur Verdier. Vous allez tomber.
Le vieil homme secoua la tête. Ses yeux étaient deux billes de verre vides, sans reflet.
— Non... pas de médecin, murmura-t-il d'une voix monocorde. Juste une révision. Nicolas, je crois que je suis... désynchronisé.
Nico fit un pas vers lui, tentant de le saisir par l'épaule pour le soutenir. C'est alors que la peau du bras de Verdier céda. Elle se déchira comme un vieux parchemin mouillé, sans une goutte de sang. À la place, une huile noire et visqueuse s'écoula de la plaie, tachant le tapis. Sous le derme exposé, Nico vit l'impensable. Des engrenages en laiton, minuscules et complexes, tournaient dans un bruit de rouages grippés.
Il recula, le souffle coupé, l'estomac retourné. Verdier ne semblait pas souffrir. Il regardait ses entrailles mécaniques avec une lassitude infinie.
— C'est juste l'usure, Nicolas. Ton père savait réparer ça.
Nico referma la porte, le cœur au bord des lèvres. Il voulait fuir, courir jusqu'à perdre haleine loin de cette architecture de cauchemar. En s'essuyant la sueur du front, il remarqua une petite cicatrice sur son propre poignet. Une marque fine, étrangère. Il appuya dessus.
Un minuscule clic métallique résonna dans ses os.